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Vie du réseau 1 "François 2-Shelburn" à travers la personnalité de quelques-uns de ses membres 3
Note 1 : Le terme de réseau n'est vraiment apparu qu'au moment de la liquidation, ses membres parlaient, eux, de "l'Organisation François" (Information de René Loiseau, 2012).
2 : Certains documents disponibles sur Internet - qui affectent la direction globale du réseau au Canadien Lucien Dumais - justifient le nom de "François" donné au réseau par une déformation canadienne de "Français", ce qui n'est évidemment pas l'origine réelle.
3 : Les personnes citées (classées par ordre chronologique) figurent personnellement dans les notes archivées par P. Campinchi ; ce sont soit des membres de l'Etat-major du chef de réseau soit des personnes de son environnement direct.
4 : Schéma : Archives Nationales 72AJ/80/VIII. Le document 7 de ce dossier donne aussi une liste plus complète des membres du réseau. Sa forme est celle d'une déposition de P.Campichi, qui s'y exprime à la 1ère personne. Certaines des fiches individuelles citées ici sous la source (arch. P.Camp.) y figurent également, dans des termes similaires ou voisins
Paul CAMPINCHI - pseudonyme François, Natale
Fausse identité : Julien Constant TAGNY5
5 : Patronyme sous lequel j'étais, pendant la
durée de la guerre, inscrite à l'école.
Carte de pêche - Carte d'identité - Livret militaire
Roger BAILLY - pseudonyme Roger
Ravitaillement
« Chargé par moi de toutes les questions qui regardaient le ravitaillement, il s'est dépensé sans compter, réussissant, grâce à ses remarquables dons commerciaux, à constituer des stocks de vivres de toute sorte, dans lesquels le chef de la section logeurs trouvait tout ce qui était nécessaire à la subsistance des aviateurs. Courageux et entièrement désintéressé6. »
6 : Arch P.Camp.
Henri, Gabriel BOIS - pseudonyme "Henri"
Chef de section convoyeurs
« Instituteur à Pont-l'Evêque. Capitaine d'infanterie de réserve. Accusé de non-observation des décisions de Vichy et des Allemands, mais heureusement sans preuves, il est expulsé du Calvados le 29 avril 1942 et assigné à résidence en Seine et Oise, avec obligation de pointage à la kommandantur.
En 1943 il entre dans le réseau et devient chef de section de convoyeurs ; il y montrera sa compétence et son discernement pour recruter des collaborateurs et s'en faire obéir. Très courageux, quoique un peu impulsif, discipliné, il a su admirablement organiser ses convois, principalement ceux destinés à la Bretagne et une partie de succès des opérations lui est due.
Il travailla également au journal clandestin "Libération" pour lequel il fit une enquête sur les emplacements des plateformes de lancement de V1, dans les régions de Neufchâtel, Blangy et Abbeville7. »
7 : idem
Béatrice BREAUTÉ - pseudonyme Béa
Boîte aux lettres de Londres
« A consenti, au mois de mars 1943, à ce que le magasin dont elle était gérante, 26 rue de Paradis à Paris [vente de porcelaine Harenfeldt, de Limoges] serve de "boîte aux lettres" pour Londres et de lieu de rendez-vous. Des vivres et du matériel d'émission radio-télégraphique furent mis en dépôt chez elle. Le radio Labrosse a logé plusieurs mois à son domicile. N'a jamais cessé de se montrer digne de la confiance mise en elle8. »
8 : idem
Thérèse CAMPINCHI
Epouse de Paul.
Thérèse Campinchi
à l'époque
« Je crois ne pouvoir honnêtement clore ces listes sans citer, à part évidemment, le rôle de ma femme, Thérèse Campinchi, née Baverel ; elle ne s'est pas lassée ; en effet, a couru les mêmes risques que moi, mais, bien que tenue en dehors de l'organisation en elle-même, elle a fourni un effort personnel qui n'est pas négligeable.
« Sept personnes ont été hébergées et nourries par elle à notre appartement de la rue des Ursins : quatre aviateurs tombés, deux agents parachutés (Val Williams et Labrosse) et une condamnée politique (Gilberte), cela pendant près d'un an. Elle n'a cessé de les soigner avec dévouement bien que travaillant en dehors, et fut obligée, de ce fait, d'éloigner d'elle sa fille dont la chambre n'a cessé d'être occupée9. »
« Précédemment, alors que je me trouvais sans appui, elle a convoyé elle-même un aviateur jusqu'à son lieu d'embarquement en Bretagne (Reginald Smith). J'insiste sur la valeur de sa contribution personnelle avant que j'aie un contact avec Londres, car, à cette époque, étant donné mon absence complète de moyens matériels, je n'aurais rien pu faire sans son concours10. »
9 : Il s'agit là, bien évidemment, de la période antérieure à la recherche de Paul Campinchi par la police allemande, qui a conduit le couple à se cacher rue Nicolet chez Olga L'Hoir-Sivry.
10 : Extrait de la pièce annexée au brouillon de la lettre de Thérèse Campinchi au Directeur de la Préfecture de Police, après la Libération, pour demander sa réintrégration dans les Services de Santé Publique, après suspension pour absence à partir de l'intervention de la Gestapo. Elle y mentionne en outre : « J'ai été menacée de révocation et déplacée sur demande de l'interprète Direslin, qui m'accusait de sabotage dans mon service, parce que je me refusais à inciter les clientes du dispensaire [des prostituées] à aller en Allemagne. » (arch P.Camp).
Marcel, Gustave, Léonce COLA - pseudonyme Yvon
Chef de section logeurs
« Lieutenant de cavalerie, faisant partie du corps des interprètes militaires. Chef de service aux usines Ford. Ayant vécu 15 ans au Canada et aux Etats Unis il avait une parfaite connaissance de la langue anglaise12. Courageux et discipliné, sa collaboration me fut toujours des plus précieuses.
A propos de l'hébergement, je souligne qu'Yvon, successeur de Claudette, pour ce département, était uniquement Chef de l'équipe (dite équipe Yvon) indiquée dans mon rapport nominatif12. »
11 : Souvent des aviateurs évadés l'ont considéré comme un Franco-Canadien et/ou un officier de renseignement. (Source : Keith Janes)
12 : Synthèse de deux fiches personnelles (Arch.P.camp)
Jean Charles DORE
Transport des bagages
« Chef de gare principal à la S.N.C.F., il a permis que les valises contenant du matériel soient expédiées directement de Bretagne à son domicile.
Lors de suppression du courant électrique, il a autorisé que des émissions radio-électriques soient faites dans son appartement qui bénéficiait du courant de la S.N.C.F.13 »
13 : idem
Louis GRAVIER Société des Gazogènes IMBERT14
Employeur fictif de Julien Tagny (faux nom de Paul Campinchi)
14 : idem
Recto verso du certificat de travail
Marguerite Larue
à l'époque
Melle LARUE, sous-chef de bureau - Protection de l'enfance et recherches dans l'intérêt des familles - Direction de l'Hygiène - Préfecture de Police de Paris.
« a :
1 : Convoyé de Livry-Gargan à Paris un aviateur Anglais [Reginald SMITH] tombé au cours d'un raid sur le sol français.
Remis cet aviateur à l'Organisation15 qui s'est chargée de son rapatriement.
Fait partie de ce groupement.
2 : Caché et hébergé, par ordre de l'organisation à laquel elle était rattachée, d'autres aviateurs et condamnés politiques.
3 : Reçu et hébergé un Canadien parachuté en mission spéciale16.
4 : Gardé à son domicile, en permanence, pendant plus d'un an, le poste émetteur radio qui assurait la laison entre ce Canadien et Londres. Les émissions se faisaient à son domicile17. »
15 : Organisation "François", devenue plus tard : "François-Shelburn".
16 : Raymond LABROSSE.
17 : (Arch. Nat.) 72AJ/80/VII/pièce 7.
« Elle a hébergé Gilberte durant un mois, et ma femme et moi pendant une semaine18. »
Dans son dossier personnel de la Préfecture de Police figure également une sanction datée du 24 juillet 1943 :
« La peine de cinq jours de privation de congé est infligée à Mlle LARUE, sous-chef de bureau à la Direction de l'Hygiène et de la Santé Publique, pour retards successifs, malgré les observations préalables qui lui ont été adressées19. »
Il est très probable qu'il lui était alors impossible, pour des raisons évidentes d'actions d'hébergement ou d'émissions radio-télégraphiques vers Londres depuis son appartement, de présenter des justificatifs valables de ces retards.
Le même dossier mentionne, très opportunément, l'attribution, le 27 décembre 1947, de la Croix d'Honneur du Mérite Franco-Britannique.
18 : (arch P.Camp.)
19 : Archives du Service de la Mémoire et des Affaires Culturelles de la Préfecture de Police de Paris - Dossier personnel.
André LE BALC'H
André Le Balc'h près de
la plage de Plouha vers 1970
Docteur en médecine, interne, il logeait à Paris, 1 quai aux Fleurs. Pendant la mission Oaktree, il mettait son appartement, en haut de l'immeuble, à la disposition de Raymond Labrosse pour y installer son émetteur radio et son antenne filaire20. Suite à l'intervention de la police allemande contre le réseau, Paul Campinchi lui conseilla de se replier à Plouézec, en Bretagne, pour remplacer le docteur Meynard, qui avait dû abandonner son cabinet et sa clinique de Paimpol par suite du même type de menace locale d'arrestation.
20 : Labrosse, qui logeait chez mes parents, rue des Ursins - qui débouche sur le quai aux Fleurs - avait moins de 200 mètres à parcourir pour rejoindre l'appartement du docteur La Balc'h, en transportant son émetteur radio dans un sac à légumes, dont d'échappaient quelquefois des feuilles de salade.
« [...] Alors que je tentais d'assurer un passage par sardinier avec Madame Vourc'h et l'aide financière de Broussine, une nouvelle équipe composée de deux Canadiens, dont le jeune radio, parachutée sous le code "Shelburn", arrivait à la boîte aux lettres. [...] Un des coins de la côte proposés par la Royal Navy se trouvant non loin de Plouezec, domicile du docteur Le Balc'h, je lui fit porter une lettre dans laquelle je lui demandais de trouver un chef pour la Bretagne Nord, car il fallait penser à la possibilité de se rabattre sur la Bretagne Sud [région qui, par la suite, fit l'objet de préparatifs]. Je lui demandais aussi d'héberger, pendant un certain temps, l'équipe canadienne [Dumais et Labrosse] pour la mise au point de l'opération.
Ce qui fut fait ; le docteur Le Balc'h ayant choisi un nommé Le Blais pour chef de la Bretagne Nord [...] et François Le Cornec comme "chef de plage" (anse Cochat, à Plouha). Ce fut donc là que fut organisée l'opération Bonaparte, et le docteur Le Balc'h en est bien à l'origine.
N.B. : j'ajoute que c'est à ma troisième proposition qu'André Le Balc'h obtint la légion d'honneur, les deux dossiers précédents ayant été écartés pour de sombres questions politiques21. »
21 : Lettre de Paul Campinchi à Mélanie Helleguin, à Plouézec, du 9 avril 1996 (Arch P.Camp.)
Une stèle a été érigée en son honneur à Plouézec, face à la mer22, qui porte ces mots :
« Corniche André Le Balc'h - Résistant - Médecin - Maire de Plouézec 1953/1971 »
22 : http://cerp22.free.fr/Lieuxdememoire22/Paimpol/Plouezec
François LE CORNEC
François Le Cornec
en 1945
« [...] Travaillant dans un réseau d'évasion depuis le mois de mai 1943, est devenu par la suite chef de la ligne Shelburn et a participé d'une manière extrêmement active au rapatriement des aviateurs alliés tombés en France au cours de l'occupation allemande.
Ne limitant pas son rôle à l'organisation de sa ligne. S'est en outre montré parfait exécutant en prenant le commandement des missions les plus dangereuses.
Dans des conditions extrêmement périlleuses a mis au point et exécuté 8 opérations d'embarquement d'aviateurs par voie de mer et a ainsi permis à 132 aviateurs alliés de regagner l'Angleterre.
Prisonnier évadé qui, dès son retour en France, a montré sa solidarité avec la cause des Alliés sans jamais se soucier des risques qu'il courait, a fait preuve d'une abnégation totale et d'un patriotisme digne de servir d'exemple.
D.G.E.R. Réseau Shelburn.
Grade : chargé de mission de 1ère classe.
Blessé par balles face à l'ennemi dans la nuit du 4 au 5 août 194423. »
23 : Mémoire de proposition pour l'attribution de la Croix de Guerre "Armée" - 20 juillet 1945 (arch P. Camp.).
Olga L'HOIR-SIVRY, - pseudonyme Guette
Chargée de la partie administrative du réseau :
Elle mit son hôtel particulier, 6 rue Nicolet, sur la pente est de la Butte Montmartre, à la disposition de l'organisation. Paul Campinchi et son épouse, Thérèse, y ont vécu après l'épisode - par chance avorté - de la visite de la Gestapo au domicile du couple 19 rue des Ursins, ainsi que, de temps en temps, les agents Anglo-Canadiens Dumais et Labrosse.
Paul Campinchi y trouvait aussi quelque détente :
« C'était la veuve d'un [artiste] peintre ; au-dessus de l'appartement était l'ancien atelier, vaste pièce meublée d'un lit Louis XIII à baldaquin, ce qui était bien agréable les nuits de bombardement. Je restais là, jusqu'à la Libération ; il faut dire qu'au début j'ai couru un certain danger : notre hôtesse jugeait qu'un homme comme devait savoir jouer au bridge et m'avait collé dans les bras un livre énorme, qui contenait toute la science à ce sujet, d'un monsieur Calberson24. »
24 : (Arch.P.Camp.)
Certificat de domicile établi par Olga l'Hoir
René LOISEAU
René Loiseau
à l'époque
Convoyeur,
« Mr. René Loiseau : Convoyeur très courageux et discret. A convoyé une quantité d'aviateurs alliés dans des conditions très difficiles : bombardements de voies ferrées, rafles allemandes dans le métropolitain etc. N'a jamais eu d'incidents grâce à son sang froid. M'a aidé à ramener Val Williams. Ancien quartier maître de la marine française, R. Loiseau a été cassé en 1941 pour avoir, en Afrique, refusé d'ouvrir le feu sur l'aviation alliée25. »
25 : Liste et état de services (dactylographiés) des personnes ayant collaboré avec le Service de Sécurité de l'Organisation François. Signé le 2 octobre 1944 par J. du Pac de Marsoules, dit : Jacky » (Arch. P.Camp.)
C'est René Loiseau26 qui, en particulier, assura personnellement le convoyage de 13 des aviateurs alliés sur les 40 confiés par le groupe Bourgogne :
26 : Ses propres commentaires, en 2012, d'extraits de « L'évadé de la France Libre - de G.Broussine » (op.cit)
« Dean Tate, William Lessing, Carlyle Van Selus, Carl Mielke, de Beauvais à Paris. Déraillement du train, nécessité de dormir dans la gare du Nord. Logement chez mes parents à Levallois-Perret pendant 5 ou 6 jours. Accompagnement à la gare Montparnasse pour départ en Bretagne, en février 1944. Robert Costello, Robert Lorenzi, Paul Packer, Edward Sweeney, de Creil à Paris. Hébergement chez Mme Di Giacomo et Mme Yvonne Latrace. Amenés à la gare Montparnasse 2 à 3 jours plus tard, pour regroupement avec 4 des 8 aviateurs convoyés par Gilberte : 4 venant avec moi, 4 restant avec elle. Paul Dicken, Earl Wolf, Leonard Bergeron, Elmer Risch. Convoyés de Creil à Paris à mi-mars 1944. Hébergés chez ses parents, puis convoyés 2 à 3 jours plus tard à la gare Montparnasse. »
Sur la fiche d'interrogatoire d'un aviateur Américain après son retour en Angleterre27 il est décrit comme : « âgé d'à peu près 21 ans, taille : environ 5 pieds 7 pouces, cheveux clairs, yeux bleus. Porte des vêtements de marin [en réalité son manteau d'uniforme, particulièrement adapté aux périodes de froid, dont il avait décousu les galons et changé les boutons]. »
27 : Cf Chapitre "Aviateurs évadés".
René Loiseau raconte, avec un certain émerveillement, le plaisir qu'il avait à sortir avec l'un ou l'autre d'entre des aviateurs (qui souvent devaient rester plus d'un mois, voire davantage, en attendant l'annonce d'un prochain départ par la Royal Navy) pour leur faire visiter Paris.
« Mme et Mr Loiseau : 4 rue Baudin à Levallois-Perret). Parents de René Loiseau. Ont hébergé plus de 12 aviateurs alliés, sans jamais accepter d'être dédommagés. Ont logé et soigné Val Williams dans le grand secret pendant les quelques jours qui suivirent son évasion [de la prison de Rennes]. Mr Loiseau, grand mutilé de guerre 1914-1918 et commandeur de la Légion d'Honneur, s'est proposé à moi comme convoyeur, arguant de sa cécité pour détourner les soupçons de la Gestapo28. »
28 : Etat de service par Jacky. (arch.P.Camp.).
« Je soussigné Campinchi, Président-adjoint de la F.A.R.F.C., Vice-président de la Confédération France Combattante, certifie que M. Loiseau René a assumé les fonctions de secrétaire administratif dans les deux organimes précités.
Pendant cette période nous n'avons eu qu'à nous louer du dévouement et de la compétence de M. Loiseau qui sut à la fois s'imposer au personnel et assurer, soit verbalement, soit par correspondance, le service des renseignements, particulièrement chargé, dans une association qui compte plus de 25.000 adhérents.
J'ajoute que, pendant l'occupation, en tant que chef du réseau François SHELBURN, j'ai eu personnellement M. Loiseau sous mes ordres et que sa valeur lui a valu de terminer la campagne avec le grade de lieutenant29. »
29 ; Fiche individuelle (arch.P.Camp.).
Jacques du Pac de MARSOULIES - pseudonyme Jacky
Interrogatoire d'identification
Jacques du Pac
de MARSOULIES
à l'époque
« Primitivement, Dumais devait procéder à l'interrogatoire des aviateurs et, éventuellement, créer un service de sécurité. Le service de sécurité ne fut jamais créé ; cependant, pour des raisons faciles à concevoir, je laissais croire à son existence. Dumais ne tarda pas à renoncer aux interrogatoires d'identification et ce rôle fut dévolu à Jacky.
Jacques du Pac était le dernier descendant d'une noble famille provençale ; son père, juriste distingué, fixé en Chine à Shangaï, avait, paraît-il, rédigé le code civil chinois [...] On a envoyé l'enfant apprendre le français dans un collège suisse.
En 1942 il s'est rendu à Marseille pour gagner l'Angleterre, mais il a vu repartir le bateau avec tout son argent [...] L'agent de l'Intelligence Service qui était avec moi, d'origine russe30, me l'avait chaudement recommandé.
Jacky est alors employé dans l'équipe de sécurité, pour interrogatoire des parachutistes récupérés ; il parlait un anglais tellement pur que les [aviateurs] Anglais lui disaient "Sir", comme à un officier. C'est de son à-propos et de sa perspicacité que dépendait la réussite de l'Organisation.
S'il était un parfait interprète, il m'a, par contre, procuré les pires ennuis : ayant en Bretagne perdu de vue une fille qu'il avait séduite, il a eu le culot d'envoyer un télégramme, sous mon nom ("François") au chef de la Résistance locale pour lui demander de rechercher une jeune fille dont il donnait la description.
L'opération [d'identification] se faisait en deux stades puisque j'ai toujours voulu un chef logeur parlant couramment Anglais (Claudette, plus tard Yvon) de façon, non seulement à ce que l'aviateur soit examiné une seconde fois, lors de sa réception définitive, mais qu'il lui soit possible de signaler au responsable de son hébergement les manquements de son logeur vis à vis de lui, ou, plus simplement ce dont il pourrait avoir besoin31. »
30 : Wladimir Bouryschkine, alias Val Williams, Guillaume, Vincent de Courson, de Rosay.
31 : Fiche individuelle (arch.P.Camp)
Jean PEIFFERT - pseudonyme Jean
Faux papiers, réparation de postes de radio, identification ...
« Médecin et fils de médecin, il était passionné de physique, au point que sa thèse traita de la "Conductibilité du corps humain aux basses fréquences". On voit à quel point c'était médical.
Il était petit, boutonneux et mal bâti, mais c'était un excellent conducteur de voitures de courses et grosses motos qu'il entreprit de construire. Il ne parlait guère (Gilberte32 l'appelait "le Muet").
Je l'ai connu33 alors qu'il était encore étudiant et que, stagiaire dans un centre de vénérologie, il payait parfois des indéfrisables aux prostituées en traitement.
Il fut chargé d'un petit laboratoire de physique installé dans le sous-sol de la Faculté de Médecine [de Paris]. Ce laboratoire était fermé par d'énormes grilles en fer, car, autrefois, il avait contenu du radium. Cela devint devint le laboratoire du réseau : on y développait les photos des voyageurs prises par le service de sécurité lors de leur interrogatoire. On y entretenait les postes radio et, plus tard, on photographiait les documents de la SNCF, empruntés subrepticement par d'Arsac34, et qu'il fallait mettre en place le lendemain35. »
32 : Pseudonyme de Geneviève de Poulpiquet.
33 : Probablement à travers Thérèse Campinchi, son épouse, qui, infirmière à la Préfecture de Police de Paris, s'occupait du suivi médical des prostituées.
34 : d'Arsac est un nom d'emprunt (nous n'avons pu l'identifier). Très jeune pilote pendant la 1ère guerre mondiale, il était ingénieur des Mines, il faisait partie d'une importante société à Londres quand la guerre éclata. Parachuté en France, il organisa un important réseau de renseignements, d'où les travaux de photographies faits pour lui35.
35 : Fiche individuelle (arch. P.Camp.).
Outre ce document, la fiche personnelle de "Liquidation" de Jean Peiffert mentionne :
« Chargé de mission de 2ème classe, le docteur Peiffert a réussi à mettre complètement à la disposition de l'organisation le laboratoire de physique de la facuté de médecine. [...] tant grâce à l'organisation technique de ce laboratoire qu'aux exceptionnelles connaissances scientifiques du Dr Peiffert. Il y fut procédé à des émissions radio-télégraphiques.
Par la suite le Dr Peiffert a toujours fait partie de la section "identification", ce qui l'amenait à aller photographier sur place les aviateurs signalés afin de permettre l'établissement des pièces d'état civil indispensables à la réussite de leurs déplacements.
Il sut également prouver, lorsqu'il en eut l'occasion, qu'il n'était pas qu'un homme de laboratoire et que son courage égalait son dévouement36. »
36 : (arch.P.Camp)
Docteur PORC'HER
« Pour lui pas de pseudonyme.
C'était mon ami dès avant-guerre et j'éprouve pour lui autant d'estime que d'admiration. Il était médecin légiste, psychiatre et chef de service dans un important établissement psychiatrique [de Paris]. Théoriquement pacifiste, il avait le goût de la bagarre ; lors de la première guerre mondiale, il fit partie d'un corps franc et fut décoré de la Croix de Guerre, des mains mêmes du général Joffre. Il faisait partie de la rédaction de "Libération Nord", où il tenait une rubrique militaire sous le nom de Capitaine Brécourt.
C'est lui qui m'a fait connaître Claudette37, qui devait diriger les hébergements dans la région parisienne. Arrêtée, torturée, cette pauvre Claudette dut avouer que c'était lui qui me l'avait présentée. Arrrêté à son tour par un chef Belge de la Gestapo (Mazuy) il décida de simuler l'aphasie verbale : sachant qu'elle se produit souvent après un accident, il se laissa tomber dans l'escalier où ses lunettes se brisèrent - il faut dire que Porc'her ressemblant étrangement au professeur "Nimbus", portait des lunettes dont les lentilles avaient le double de l'épaisseur normale, sans elles ses yeux exorbités lui donnaient un aspect effrayant -. Il bredouilla des mots sans suite et il lui fallut la largeur du papier pour mettre sa signature. Exaspéré, Mazuy dit : « c'est un vieux con ! Enfermez-le dans un placard on continuera demain ». Etre traité de "Vieux con", ètre enfermé dans un placard, et, de plus être appelé "Porcher", en supprimant l'accent gaélique38de son nom, est une chose qu'il ne pût pardonner.
37 : Marie-Rose Zerling.
38 : Cet accent entre le c et le h entraîne une prononciation en fond de gorge, voisine de celle du ch allemand ou de la jota espagnole, donnant, faute de mieux, plutôt "Porère" que "Porcher".
A l'annonce de son arrestation, une bonne partie du Corps Médical, des écrivains, des journalistes intervint à son sujet. Il fut placé à l'infimerie de Fresnes, où, malgré les soins attentifs du personnel, il continua à jouer le même jeu. Sa femme, autorisée à le visiter, fondit en larmes en le voyant en cet état. Hitler envoya l'un de ses médecins personnels. Porc'her me raconta : « Quand je l'ai vu arriver, je me suis dit : Merci mon Dieu, ce n'est pas un neurologue, mais un psychiatre comme moi ! ». On lui avait insufflé de l'air dans le crâne, pour estimer le volume de son cerveau ; l'Allemand regarda le papier qui rendait compte de cet examen et se contenta de dire : « Trop d'air ! »
Dans les jours qui précédèrent la Libération de Paris, lors d'une espèce de trêve qui avait été conclue, il fut libéré avec la mention suivante : « Remis aux bons soins de la Croix Rouge Française, sous la haute responsabilité de Monsieur le Consul général de Suède. »
Après la Libération de Paris, une sorte de "secte", composée de néo-résistants, prétendit l'épurer ; cette affaire fut sans suite.
Il fut membre du jury au procès de Pétain, puis, quoique dangereusement cardiaque, il alla passer ses vacances en Autriche à 3000 mètres d'altitude. C'est peut-être de cela qu'il est mort.
Il avait été le seul de mon réseau, avec Gilberte et Val, sans compter le radio qui logeait chez moi, à connaître mon nom et mon adresse.
En dehors du fait de m'avoir fait rencontrer Claudette, il avait hébergé au sein de l'hôpital, grâce à la complicité de son infirmière-chef, une quinzaine d'aviateurs que j'avais pu, ensuite, faire diriger vers la Bretagne en vue de leur rapatriement vers l'Angleterre.
Il avait la Légion d'Honneur et une deuxième Croix de Guerre39. »
39 : Fiche individuelle (arch.P.Camp.)
Comtesse Geneviève de POULPIQUET de BRESCANVEL - pseudonyme Gilberte
Convoyeuse
Mariée à un comte Breton : Césaire de Poulpiquet ; elle vivait au château de Tréfry à Quéméneven, en Bretagne.
« [...] Elle avait accepté d'héberger un aviateur, placé là par les résistants locaux. Un jour, alors qu'elle rentrait chez elle, un fermier voisin qui la guettait lui annonça que les Allemands étaient au château et avaient arrêté son mari. Elle se réfugia chez un vieux baron antipétainiste enragé qui l'installa chez son meunier. [...] le baron demanda conseil à "Val40, hébergé lui aussi, alors qu'il cherchait une plage pouvant servir aux embarquements. Il eut la faiblesse de lui [à Mme de Poulpiquet] donner mon adresse et le mot de passe :
- Je voudrais voir François.
- François qui ? François 1er ?
- Non, François les bas bleus.
40 : Val Williams, ce qui situe cette période en mars ou avril 1943, lors de la mission Oaktree.
[...] Un jour, par le plus grand des hasards, elle se trouvait dans le métro quand elle aperçut trois aviateurs qu'elle connaissait, qui attendaient sur un banc, seuls et désemparés, le radio qui les accompagnait ayant mystérieusement disparu. Elle me les ramena, ils furent hébergés quelque jours chez une amie.
Mon épouse et moi étions invités au mariage d'amis, porte Maillot à Paris, et nous allions nous mettre à table lorsqu'on vint me prévenir que quelqu'un me demandait à l'entrée du restaurant. C'était Gilberte. Elle m'annonça qu'en rentrant de déjeuner elle avait trouvé à la porte de l'immeuble [rue des Ursins] la concierge hagarde, à qui elle avait demandé : "- Qu'est-ce qui se passe ? - Les Allemands sont chez Monsieur Campinchi !" [...] Je lui donnais rendez-vous pour la fin de l'après-midi , à la Closerie des Lilas [Bd Montparnasse]. Quand je la retrouvai, elle me rappela qu'elle m'avait offert les services d'une "femme du monde", et je lui avais répondu que je n'avais pas besoin d'une "femme du monde". Cependant elle avait téléphoné à celle-ci, qui nous attendait dans la soirée. C'était rue Nicolet41.
Depuis mars 1943, elle n'a cessé d'être une collaboratrice42 la plus dévouée et la plus désintéressée. Quand j'aurai dit que le dévouement de Mme de Poulpiquet a été sans limite, je serai encore en dessous de la vérité [...] J'ajoute que son mari, dont la condamnation à mort [par les Allemands, après dénonciation du couple, pour avoir hébergé 5 aviateurs Américains] a été commuée en déportation, est atteint d'une grave maladie qui ne lui permettra peut-être pas de supporter le régime des camps de représaille"43 »
41 : Il s'agissait évidemment de Olga L'HOIR-SIVRY, citée ci-dessus.
42 : Ce terme a, à l'époque, une connotation tout à fait différente de celle utilisée par P. Campinchi.
43 : Fiche individuelle (arch.P.Camp.) Cette dernière observation date la rédaction de la fiche avant mai 1945. En effet Césaire de Poulpiquet est mort en août 1943 à la prison de Wittlich en Allemagne - indiqué par Roger Huguen : « Par les nuits les plus longues » (op.cit.) - ceci n'a donc pu être connu qu'après la fin de la guerre.
Marie WIAME - pseudonyme Marie, ... Françoise
Chef de section logeurs
« [...] Dès juin 1942, [elle] fait partie d'un service de renseignements dirigé par Robert Aylet (organisation belge connue sous le nom de "Popaul et Bébert").
A travaillé avec moi dès mars 1943 en tant que logeuse principale, finissant même par diriger une petite section de logeuses. [Elle] a rempli le même rôle auprès de l'organisation "Bourgogne", dirigée par Broussine, dit "Georges". A fait de nombreux voyages en province pour rechercher des terrains d'atterrissage et de parachutage. A organisé avec son frère une base de parachutage, qui, à ma connaissance, a servi deux fois.
Mme "Marie", simple femme du peuple (son mari est gardien de la paix), a toujours été d'un dévouement admirable. Elle s'est dépensée sans compter, acceptant et même sollicitant, les missions les plus dangereuses, témoignant toujours d'un courage qui frisait l'inconscience. Il faut ajouter, que, servie par une chance étonnante, elle a plusieurs fois échappé de justesse à la Gestapo.
Mme "Marie" et Claudette, chacune sur un plan différent, sont parmi ceux qui m'ont fait l'honneur de collaborer avec moi, celles qui me paraissent avoir fait et mérité le plus44. »
« [...] Mme "Marie", alors même qu'elle ne faisait encore partie d'aucun groupement, n'a jamais cessé de rechercher et loger des aviateurs, dépensant toutes ses économies45. »
44 : (Arch. Nat.) 72AJ/80/VII/pièce 7
45 : Fiche individuelle (Arch. P.Camp.)
Marie Rose ZERLING - pseudonyme Claudette
Chef de groupe d'hébergement.
P. Campinchi la considérait comme son "bras-droit".
« [...] Agrégée de Sciences Naturelles, elle avait fait partie dans le Nord, d'un organisme politique dévasté par la Gestapo. Réfugiée dans la région parisienne, elle m'avait été présentée par le docteur Porc'her : j'avais besoin de quelqu'un pour s'occuper des "logeurs" dans cette région. Volontaire, courageuse, impulsive, elle avait de grandes qualités, mais était imprudente. Elle avait conservé des relations avec trop de gens un peu compromis et gardait des numéros de téléphone, avec négligence, dans son sac à mains.
Il y avait un point central d'hébergement immédiat des aviateurs, qui repartaient ensuite chez des logeurs volontaires et rétribués. "Claudette" en faisait le tour régulièrement, donnant de l'argent (nous en avions les moyens46) et, au besoin, des vivres, car une sorte de "marché noir" entretenait un petit stock à la "boîte aux lettres47".
46 :A partir de la mission Shelburn de janvier 1944 : grâce à l'argent français qui arrivait d'Angleterre, par certaines des valises. A noter que cet argent était également particulièrement indispensable pour l'achat des tickets de chemin de fer pour le convoyage des aviateurs.Voir détails sur les conditions de financement du réseau
47 : au domicile de Béatrice Bréaute, 26 rue de Paradis, - voir fiche correspondante supra).
Arrêtée48 et torturée, elle fut déportée en Allemagne, ainsi que sa mère et son père, qui, lui, périt dans un camp. Les circonstances de son arrestation se passèrent ainsi : l'équipage de la frégate49 débarquait des valises pleines de tout le matériel qui pouvait nous être nécessaire. Transportées jusqu'à la gare d'Austerlitz [à Paris], elles étaient reprises par des employés des chemins de fer qui attendaient que l'équipe des convois les reprenne pour les déposer dans un petit café de la place d'Anvers. Un jour, me trouvant avec "Claudette", je lui avait proposé d'assister à l'arrivée du convoi. Le temps passait, le convoi n'arrivait pas et "Claudette" me proposa de visiter une logeuse qui se trouvait à proximité. Je refusai de l'accompagner, car il était important que les agents ne me connaissent pas50. Le service de transport arriva, mais je ne revis pas "Claudette".
48 : Le 5 février 1944, condamnée à mort le 28 avril suivant.
49 : Il s'agit plus précisément d'une corvette rapide de la Marine anglaise, type MGB 503.
50 : Souligné dans la transcription : on voit bien là la nécessité du cloisonnement instauré par P. Campinchi. Ceci justifie également d'une part que les membres du réseau ne connaissaient Paul Campinchi que sous son pseudonyme de "François", ou plus simplement de "Patron" (remarque de René Loiseau), d'autre part que son nom ne figure jamais dans les comptes rendus des aviateurs évadés.
Furieux, le lendemain matin, j'allai voir à son domicile. Le visage de la concierge ne m'inspira aucune inquiétude et je montai l'escalier ; mais pour une raison mystérieuse, je dépassai le deuxième étage où elle habitait et gagnai l'étage supérieur où j'écrivis un petit billet où je m'étonnai de son absence, et lui fixai un rendez-vous pour le lendemain matin à 11 h 30 au métro Anvers. En silence j'introduisis le papier roulé dans le trou de la serrure et descendis rapidement l'escalier. Le lendemain, j'avais à faire à Vincennes, mais, par un élan animal de méfiance je rentrai chez moi51 directement.
Par la suite, j'ai su qu'à ce moment là, elle était appuyée contre le plan de métro, avec des menottes sous son manteau et décidée, si elle m'avait aperçu, à se rouler par terre pour que je voie les gens de la Gestapo se précipiter vers elle.
Rentrée à Paris52, quoique assez déprimée, elle trouva un poste important [à l'ONU]. Elle acheta une voiture américaine dans laquelle elle se fit tuer par un camion en traversant un carrefour.
C'était une femme remarquable à tous les points de vue et dont j'ai le regret de ne pouvoir parler plus longtemps53. »
51 : Rue Nicolet, chez Olga L'Hoir Sivry.
52 : Marie-Rose Zerling et sa mère furent envoyées en Allemagne, où, après passage dans divers prisons elles furent enfermées au camp de Ravensbruck (immatriculation dans la série des 85.000 - pour des travaux forcés réservés aux N.N.). Libérées en avril 1945 par la Croix Rouge elles furent rapatriées en France début août 1945. Aucune information n'a été trouvée quant à M.Zerling. Source : Association française Buchenwald Dora et Kommandos.
53 : Synthèse de plusieurs fiches personnelles (arch.P.Camp.).
Marie-Rose Zerling et ses parents ayant été victimes des ignobles sévices de la police allemande, comme tant d'autres, dont beaucoup ne sont pas revenus des camps de concentration, il m'est apparu opportun de placer ici, une copie de l'affiche apposée en France sur les ordres du général de l'armée allemande : Von STUELPNAGEL
Affiche allemande
exposant :
- les sanctions auxquelles seraient soumises les personnes venant en aide aux aviateurs, sous quelque forme que ce soit,
- les primes offertes aux dénonciateurs.
Comme les "saboteurs, terroristes, résistants ...", les membres des réseaux d'évasion d'aviateurs alliés, au cas où ils ont échappé à l'exécution immédiate après leur arrestation, ont été répertoriés N.N. (en allemand : Nacht und Nebel / Nuit et Brouillard est l'expression d'une directive du Reich pour toute infraction contre les forces allemandes d'occupation) et envoyés en secret dans des camps en Allemagne, pour y disparaître à jamais. Dangers qu'ils n'hésitèrent cependant pas à affronter courageusement : "François-Shelburn" ayant, à lui seul, à déplorer la mort de 23 de ses agents.
A propos de l'arrestation de Marie-Rose Zerling, on peut également citer deux textes de Mme Sherri Greene Ottis54.
54 : OTTIS (Sherri Greene), « Silent Heroes - Downed Airmen and the French Inderground » - Lexington, KY : University Press of Kentucky, 2001. Op. Cit.
Le premier montre combien était efficace le cloisonnement mis en oeuvre par P. Campinchi à l'intérieur du réseau.
« Because of her status as a section leader, Zerling's arrest let to a great deal of confusion in the line. Campinchi replaced her immediately with Frenchman Marcel Cola ("Yvon"), but in many cases Zerling had been the only contact her helpers had with the line, and Cola had no idea where to find some of the airmen she had hidden throughout Paris. Security in the Shelburn line was so tight as to make it difficult to reconnect the line in the aftermath of Zerling's arrest «
Traduction :
« Zerling étant chef de section, son arrestation créa une grande confusion dans le réseau. Campinchi la remplaça immédiatement par le Français Marcel Cola (pseudo "Yvon") mais, dans de nombreux cas, Zerling était le seul contact que les logeurs avaient avec le réseau, et Cola n'avait aucune idée de l'endroit où elle avait caché les aviateurs dans Paris et ses environs. La Sécurité, dans le réseau Shelburn, était si étroitement structurée qu'il était difficile de s'y reconnecter après le contre-coup que fut l'arrestation de Zerling. »
Le second montre l'effet psychologique extrêmement perturbateur qu'a pu être le séjour dans les camps de concentration :
« Bertranne Auvert claimed in her memories that Zerling was extremely disturbed by the belief that she was responsible for her father's death, and, after the war, refused to have anything to do with the group with which she had worked »
Traduction :
« Bertranne Auvert55 prétend, dans ses mémoires, que Zerling a été très pertubée car elle se jugeait responsable de la mort de son père et, après la guerre, elle a refusé d'avoir tout contact avec le groupe avec lequel elle avait travaillé. »
55 : Bertranne, née de la Bourdonnay, veuve de Walerand d'Hespel, épouse de Jean Auvert. Etudiante en médecine pendant la guerre, elle devint ensuite une ophtalmologiste renommée. Elle appartenait au réseau François-Shelburn, d'abord dans le groupe de Marie-Rose Zerling, puis dans celui de Léonce Cola "Yvon". Elle habitait 7 rue de Maspéro à Paris, où elle a logé de nombreux aviateurs. Nous n'avons rien trouvé concernant un éventuel livre écrit par elle à ce sujet. Outre par Sherri Ottis, elle est citée par un aviateur rescapé : Richard J.Schafer « Our one-way flight - Let us not Forget » - page 90 - books.google.fr
Fiche de Bertranne d'Hespel
Georges BROUSSINE
Bien que celui-ci, chef du réseau Bourgogne - rattaché au BCRA de Londres - n'ait pas appartenu au réseau François-Shelburn, il paraît normal de le citer ici car il avait des rendez-vous secrets "professionnels" à Paris avec P. Campinchi, plus particulièrement aux Arènes de Lutèce, ou au Jardin des Plantes (il avait, en particulier, confié à celui-ci le rapatriement d'une quarantaine d'aviateurs en Angleterre par bateau de la Royal Navy, cet envoi étant beaucoup plus rapide que le classique passage par les Pyrénées pratiqué par "Bourgogne". C'est René Loiseau qui les y avait convoyés57.
56 : Information communiquée par René Loiseau en 2012.
Après la guerre, mon père, qui éprouvait pour son vieux camarade de résistance beaucoup d'amitié et d'admiration, m'a raconté que Broussine, lors de ces rencontres apparaissait toujours accoutré d'une façon pittoresque et voyante, d'un goût ahurissant : veston jaune, pardessus caca-d'oie, cravate criarde etc ...afin d'attirer l'attention et se faire passer pour un original, de façon à n'être remarqué que par cela ; c'était, selon Broussine, la meilleure façon d'éviter toute amorce de soupçon : un farfelu ainsi habillé ne pouvait absolument pas être dangereux.
Wladimir BOURYSCHKINE - pseudonymes Val Williams, Guillaume, Vincent de Courson, de Rosay58
57 : Il existe deux fiches imprimées - avec champs dactylographiés à son nom, de « Demande de la Carte de Combattant Volontaire de la Résistance. » Il semble que l'une d'elles ait été dactylographiée par lui-même (emploi de la 1ère personne du singulier, fautes d'orthographe, absence d'accent sur les é, è, à ... - rappelons qu'il était d'origine russe -, la seconde reprenant les mêmes données en rectifiant l'orthographe et précisant : « Réseau Pat » et en rajoutant : « Condamné à mort et évadé de la prison de Rennes, et rapatrié en Angleterre par le réseau Shelburn. » Deux fiches secondaires, également 1 originale et 1 retranscrite, précisent les conditions d'arrestation : « 4 juin 1943 - Par la Gestapo dans le train en partance de Dax. Arrêté avec trois aviateurs alliés. Prisons de Fresnes et Rennes. Evadé le 20/12/43 » (arch.P.Camp)
Il fit, lui, partie de la 1ère équipe envoyée en France par le MI 9 pour la "mission Oaktree".
« Réfugié d'origine russe, [il était] journaliste cinéaste,
Situation militaire
Engagé volontaire armée française, puis ambulances américaines.
Membre de réseau Patrick58 depuis février 1942, ayant travaillé isolément.
58 : Il s'agit du réseau "Pat O'Leary" de Albert Guérisse.
Parachuté en France en mars 1943.
Situation civile sous l'occupation
Entraineur de l'équipe de basket-ball de l'A.S. de Monaco, puis après recevait de l'argent de Londres.
Blessures
Dents cassées par la Gestapo de Rennes. Cheville cassée en sautant le mur lors de l'évasion de la prison de Rennes.
Décorations
Medal of freedom avec palme d'argent, British Empire Medal, Croix de guerre 39-45, proposé pour la Médaille de la Résistance.
Relation des différents activités durant la Résistance
Raisseau [sic] Patrick, pour lequel j'avais organise l'évasion du fort de la Revere (Alpes Maritimes). Place sous les ordres du Colonel Langley (I.S. 9) fut parachute avec mon radio Labrosse le 20 mars 1943, mission "Oaktree" pres de Rambouillet. Suis rentre en rapport avec M.Campinchi et Madame Barbier ai cree le Raisseau Vaneau, filiale de Shelburne [erreur chronologique]. Devait [sic] organiser evaquation [sic] d'aviateur alliés par la cote bretonne. L'amiraute britannique n'ayant pas envoye un bateau a la date prevue fut [sic] pris par la gestapo dans un convoi d'evacuation par l'Espagne. Apres mon evasion puis [pus] rejoindre M.Campinchi (Francois) par les sois [soins] duquel fut repatrie [sic] en Angleterre. Engagé par l'O.S.S. Ai effectue une missin [mission] solitaire en Allemagne.»
Lucien Dumais
Lucien DUMAIS - pseudonyme : capitaine Harrison
Franco-Canadien , agent secret anglais, responsable de la "mission" Shelburn.
Il assurait l'interface de l'équipe bretonne avec les marins de la
Royal Navy lors des missions d'embarquement. Nous n'avons trouvé dans
les archives de Paul Campinchi ni des documents ni des fiches relatifs à lui.
Raymond Labrosse
Raymond Labrosse - pseudonyme Claude
Franco-Canadien , agent secret anglais, opérateur radio des deux "missions" Oaktree et Shelburn.
Fut membre successivement des missions "Oaktree" et "Shelburn".
Pour lui non plus aucun document spécifique dans les archives du réseau.
« Je tiens à préciser encore une fois, que, sauf les agents qui dépendaient directement de moi, et que j'utilisais suivant les circonstances, tout le personnel était spécialisé et ce n'était qu'accidentellement qu'il pouvait arriver à quelqu'un de sortir de son rôle.
Il est évident qu'au hasard du recrutement, il est arrivé que soient engagées des personnes qui avaient "travaillé" pour d'autres organisations et qui avaient conservé des contacts avec ces derniers.
On arrivait ainsi à une sorte d'interpénétration entre des organismes différents. Accident inévitable malgré la défense que j'en avais faite à mes chefs de groupe d'engager des gens qui avaient déjà "travaillé" et qui, par suite, pouvaient être brûlés ou, plus simplement, avoir contacté de mauvaises habitudes.
Ces faits, joints au penchant naturel qui consiste à grossir un peu son rôle, expliquent que des agents aient pu donner aux officiers interrogateurs [Anglais ou Américains, à l'arrivée en Grande Bretagne des évadés] l'impression que les membres de cette organisation avaient des attributions multiples. Il faut ajouter que la structure du réseau était absolument ignorée de tous et, seules, les conversations "d'après libération" ont pu en donner à certains une idée souvent erronée59 »
On peut remarquer, dans cette liste d'agents de l'organisation "François-Shelburn", très partielle car ils étaient nombreux, comme on le verra au chapitre "Liquidation" ci-après :
59 : Arch. P.Camp.
60 : Flakkampfabzeichen.
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